Le film est à l'image de la ville, sale, dérangeant,vicié. Ici, pas de héros, point de salut. La triade de personnages principaux (parmi lesquels un Gosling éteint, etouffé par sa mère et une Kristin Scott-Thomas artificiellement rajeunie) donne le ton. La moralité n'est pas de mise. Deux frères, une mère. L'un est un pédophile errant dans les rues à la recherche d'une jeunette, l'autre un être vide,trafiquant de drogue. La mère quant à elle semble entretenir une relation incestueuse avec ses enfants comparant la taille des sexes de ceux-ci pour expliquer la jalousie régnant entre eux.



De Drive, oeuvre par trop hollywoodienne et grand public, Refn conserve uniquement son acteur fétiche, de la série des Pusher, la plongée dans un microcosme criminel. Enfin, Only God Forgives a en commun la violence avec Valhalla Rising. La violence mais pas seulement. Ces deux films donnent l'impression d'un vide sidéral, d'une lenteur à toute épreuve sans pour autant que le film soit inintéressant ou longuet. C'est là aussi le talent de Refn, réussir à frustrer le spectateur sans le décevoir, mêler le glauque et une mise en scène onirique, esthetiquement iconoclaste. Ce film en certains points rappelle l'étrange Batalla en el cielo pour son aspect "bizarre" et n'a (pas à ma connaissance) d'égal quant à son déroulement décousu,déroutant. Le personnage du policier semble être une sorte de némésis redoutable veillant à la bonne morale thaïlandaise, juge et juré punissant à la fois les occidentaux souillant Bangkok et les thaïlandais qui la prostitue.
Que dire de plus de ce film taiseux? Refn a franchi une étape. D'aucuns la jugeront décevante, d'autres y verront un chef-d'oeuvre. Certains jugeront que la violence y est trop gratuite et démonstrative. (Cf la scène pouvant faire office d'hommage au Chien Andalou de Bunuel). D 'autres salueront ce film osé où le réalisateur s'est risqué à dépeindre Gosling et Thomas sans l'once d'une quelconque "normalité". Nous pouvons légitimement nous demander si le prochain film de Refn saura nous surprendre dans la mesure où celui ci repousse les limites en terme de violence, de glauque et, il faut le dire, de rejet des canons hollywoodiens.

Nicolas Winding Refn a encore frappé pour le malheur de certains et le bonheur jouissif d'autres et ce ne sont  pas les soupirs de frustration et la consternation manifeste des spectateurs qui pourront me contredire.


Romain.