Suite
à l’attaque de la police à Istanbul le weekend dernier, le
mouvement contestataire en Turquie a changé de dimension. La
brutalité des forces d’ordre a brisé la résistance des
manifestants et l’occupation du Parc Gezi a
pris fin. En revanche, l’expérience gagnée par les manifestants
au cours de vingt derniers jours garantit que désormais la situation
sociale ne sera plus la même en Turquie.
Il faut tout d’abord souligner que la majorité des manifestants appartiennent au secteur laïc, sont jeunes et proviennent de la petite-bourgeoisie. On peut ajouter à ce groupe dominant, les membres de certains syndicats, les alévis (un courant de l'islam hétérodoxe issu du chiisme duodécimain), une partie des nationalistes, et les militants des organisations et des partis de gauche radicale qui n’ont pas d’influence déterminante sur le mouvement. L’élément unificateur de tous ces groupes est sans doute la laïcité.
Pendant trois semaines, nous avons observé un nouvel exemple de la division stricte de la société turque en deux modes de vie distinctes. D’une part, les laïcs se sont révoltés contre les impositions du gouvernement islamiste –plus précisément sunnite- sur la vie quotidienne du peuple et contre la répression policière. D’autre part, les classes populaires sunnites et la petite-bourgeoisie conservatrice se sont mobilisées pour montrer leur fidélité au gouvernement d’Erdogan avec le soutien d’une partie importante des médias nationaux prompte à la manipulation à cause de la pression du premier ministre. Depuis le début des manifestations, le degré d’autoritarisme dans le pays s'est profondément accru avec le durcissement du ton du discours d’Erdogan.
A ce stade, il est pertinent de dire que l’élément déterminant du futur du pays dépendra de la réaction de cette masse contestataire dans les prochaines luttes contre les politiques du gouvernement. Si la révolte de juin devient une exception pour les citoyens qui ont manifesté pour la première fois de leurs vies et si les organisations de gauche restent encore une fois seules dans la lutte politique contre l’AKP, il sera impossible d’espérer un changement radical dans la société turque à court terme. Par contre, si la classe moyenne laïque, les ouvriers organisés à travers leurs syndicats, les kurdes et les alévies se rejoignent en se radicalisant et renforcent les partis de gauche, la victoire contre les forces réactionnaires et les conservateurs ne sera plus un mirage lointain.
C. K.

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